Le traitement hormonal de la ménopause (THM) fait partie de ces sujets qui suscitent encore beaucoup d’inquiétudes et de doutes chez les femmes mais aussi chez les professionnels de santé. Craintes héritées d’anciennes études, discours contradictoires, médecins parfois hésitants ou peu formés… Résultat : de nombreuses femmes souffrent en silence, pensant que « c’est normal » ou que « les hormones sont dangereuses ».
Pourtant, la science a largement progressé. Aujourd’hui, les données sont solides, cohérentes et rassurantes. Il est temps de faire le point sur les faits et de redonner aux femmes une information à jour pour qu’elles puissent faire un choix éclairé, en accord avec leur corps et leur histoire.
Qu’est-ce que le traitement hormonal de la ménopause (THM) ?
Le traitement hormonal de la ménopause est un traitement qui vise à pallier la baisse des hormones sexuelles féminines, principalement les œstrogènes et la progestérone, survenant lors de la ménopause.
Ce traitement est principalement indiqué pour améliorer la qualité de vie des femmes présentant des symptômes climatériques importants, en les atténuant : bouffées de chaleur, sueurs nocturnes, troubles du sommeil, sécheresse vaginale, troubles de l’humeur, irritabilité, fatigue ; et prévenir l’ostéoporose chez les femmes à risque élevé de fractures.
Il ne s’agit ni d’un traitement « de confort » au sens péjoratif, ni d’une solution uniforme : le THM doit être personnalisé, ajusté et régulièrement réévalué.
Le THM « à la française » : une approche spécifique et plus physiologique
En France (et plus largement en Europe), le THM repose sur une approche prudente et physiologique. Il se compose
- d’oestradiol transdermique (patch ou gel), chimiquement identique à l’œstrogène naturel, avec un passage hépatique limité ;
- de progestérone micronisée, bio-identique à la progestérone produite par l’organisme, mieux tolérée et associée à un meilleur profil de sécurité à la différence des progestatifs synthétiques que l’on retrouve dans les contraceptifs (pilules, implants…);
- à des doses adaptées, individualisées, avec un suivi médical régulier.
Cette approche est très différente du traitement largement utilisé aux États-Unis dans les années 1990, associant œstrogènes conjugués équins (CEE) et médroxyprogestérone (MPA), un progestatif synthétique aujourd’hui reconnu comme plus à risque, notamment sur le plan mammaire. Cette différence de formulation est fondamentale pour comprendre les controverses passées (mais hélas toujours dans les esprits) autour du THM.
En 2002, l’étude américaine WHI change la donne
À la fin des années 1990 : près de 40 % des femmes ménopausées américaines prenaient un THM, entre 20 et 30 % en Europe, selon les pays. Le THM était alors perçu comme un traitement global du vieillissement hormonal féminin, protecteur du cœur et des os.
Le changement intervient suite à la publication en 2002 de la vaste étude “Women’s Health Initiative” (WHI). Les médias s’emparent des résultats qui montrent notamment une augmentation du risque cardiovasculaire et du cancer du sein. C’est un véritable séisme. Les prescriptions s’effondrent. Une peur durable s’installe… alors même que les scientifiques identifient rapidement de graves biais méthodologiques à cette étude.
Pourquoi les conclusions de la WHI ne sont pas transposables aux pratiques actuelles ?
La communauté scientifique réalise pourtant que l’étude WHI souffrait de biais majeurs. Mais trop tard, le mal est fait.
Un biais majeur sur le risque cardiovasculaire
- Âge moyen des participantes de l’étude WHI: 63 ans, bien au-delà de la fenêtre optimale de prescription du THM (50–60 ans).
- Nombreuses femmes avec une athérosclérose déjà installée.
- Facteurs de risque cardiovasculaire élevés.
- Utilisation d’un THM différent de celui prescrit en France.
Or, nous savons aujourd’hui que le THM protège le système cardiovasculaire lorsqu’il est débuté tôt, chez des femmes en bonne santé cardiovasculaire. En revanche, il n’est pas indiqué lorsque la pathologie est déjà installée.
Un biais spécifique sur le cancer du sein
Le risque mammaire dépend beaucoup du type de progestatif utilisé. Or, la WHI étudiait l’association CEE + MPA (progestatif synthétique), reconnue aujourd’hui comme plus à risque. Les données européennes montrent en effet que les progestatifs synthétiques augmentent davantage le risque alors que la progestérone micronisée (ou bio-identique) présente un profil nettement plus favorable.
L’étude E3N : des données françaises décisives
En France, la cohorte E3N, qui suit plus de 100 000 femmes depuis 1990, a profondément changé notre compréhension du THM. Avec la combinaison œstradiol transdermique + progestérone micronisée: pas d’augmentation du risque de cancer du sein pendant 5 à 6 ans de traitement, voire jusqu’à 8 ans selon les analyses ; un effet cardiovasculaire protecteur chez les femmes en bonne santé au début du traitement.
Ces résultats robustes et cohérents confirment que le THM, bien prescrit, est efficace et sûr.
Mais alors pourquoi le THM est-il aujourd’hui si peu prescrit en France ?
Malgré ces données, selon le rapport parlementaire de Stéphanie Rist (avril 2025), seules 2,5 % des femmes françaises seraient aujourd’hui sous THM.
Le rapport l’explique par une désinformation persistante chez les patientes associée à un manque de formation voire une désinformation des professionnels de santé… Conséquence : un écart immense entre la science et la réalité vécue par les femmes.
Le THM se limite-t-il au traitement des bouffées de chaleur ?
Non. Ses bénéfices vont bien au-delà :
Une protection osseuse majeure
Après la ménopause, la perte osseuse peut atteindre 20 % dans les 5 premières années.
Le THM est le traitement le plus efficace pour prévenir l’ostéoporose et réduire les fractures vertébrales et du col du fémur.
Une amélioration de la qualité de vie
Le THM est le traitement le plus efficace contre :
- les bouffées de chaleur (> 80 % d’efficacité),
- les sueurs nocturnes,
- les troubles du sommeil,
- l’irritabilité, les douleurs articulaires,
- la sécheresse vaginale, la dyspareunie,
- les troubles urinaires liés à l’atrophie uro-génitale.
Beaucoup de femmes dans le rapport RIST parlent d’un retour à une vie “normale”.
Une protection cardiovasculaire si le traitement est débuté tôt
C’est à dire, dans les 10 ans suivant la ménopause, le THM améliore le profil lipidique, diminue l’inflammation, réduit le risque cardiovasculaire. C’est la fameuse fenêtre d’opportunité.
D’autres bénéfices potentiels
Les données suggèrent également :
- une diminution du risque de diabète,
- une réduction du risque de cancer colorectal,
- un risque moindre de démence si le THM est débuté précocement,
- un meilleur maintien de la masse musculaire.
Le THM au sein d’une approche globale de la santé des femmes
Le traitement hormonal de la ménopause n’est ni un remède miracle, ni un danger systémique. C’est un outil thérapeutique puissant, dont les bénéfices et les risques doivent être évalués au cas par cas, dans une décision partagée. Ne pas diffuser l’information, c’est priver les femmes d’un choix. Remettre la science au centre, c’est leur redonner du pouvoir sur leur santé et leur qualité de vie.
Il convient toutefois de préciser que le traitement hormonal de la ménopause n’est pas à considérer comme une solution isolée, ni une réponse unique à tous les enjeux de cette période de vie. Le rapport parlementaire sur la ménopause insiste clairement sur un point fondamental : la première étape d’une ménopause mieux vécue repose sur une hygiène de vie globale, à mettre en place dès la préménopause, autour de 45 ans, idéalement dés 40 ans.
Activité physique adaptée, alimentation équilibrée et protectrice des os et du cœur, gestion du stress, qualité du sommeil, soutien du système digestif, du microbiote et du foie, prévention de la prise de poids et de la perte musculaire… tous ces leviers jouent un rôle majeur, à la fois sur les symptômes et sur la santé à long terme.
Lorsqu’un THM est indiqué, il est d’autant plus efficace et mieux toléré qu’il s’intègre dans cette approche globale, personnalisée et respectueuse du rythme de chaque femme. Et lorsqu’un THM n’est pas souhaité, mal toléré ou contre-indiqué, cette approche devient indispensable pour préserver la qualité de vie.
C’est dans cette vision intégrative que s’inscrit mon accompagnement en naturopathie et en diététique, en complément du suivi médical : pour aider les femmes à mieux comprendre leur corps, soutenir les effets du traitement lorsqu’il existe, réduire certains effets secondaires, et surtout redevenir actrices de leur santé à cette étape clé de la vie.
La ménopause n’est pas qu’une affaire d’hormones. C’est un moment charnière qui mérite un accompagnement global, individualisé et bienveillant.
Ressources pour aller plus loin
- Rapport parlementaire sur la ménopause – Stéphanie Rist (2025)
- Livres du Dr Mouly sur la ménopause et le THM
- CNGOF – Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français – Recommandations officielles et actualisées : https://www.cngof.fr
- Cartographie participative des médecins spécialisés dans la ménopause réalisée par OMENA.