Laurence Cerné | Naturopathe Nantes

La ménopause, sujet toujours tabou ?

La ménopause on en parle un peu plus, non ?

Il semblerait que le sujet soit de plus en plus abordé et c’est tant mieux. Mais comment en parle t-on ? Les femmes sont-elles réellement mieux informées ? Vivrait-on mieux la ménopause aujourd’hui que quelques décennies en arrière ?

La ménopause, un sujet tendance ?

La ménopause, c’est à dire l’arrêt définitif des menstruations*, survient aux alentours de 51 ans. C’est une étape tout à fait normale et physiologique vécue de façon très variable d’une femme à l’autre. Ces différences d’appréhension de la ménopause ont plusieurs explications. Je suis convaincue que la façon dont on en parle et partant, dont on considère les “femmes ménopausées”, en est une. Je m’explique !

Les quinquagénaires d’aujourd’hui sont des femmes qui ont une activité professionnelle, qui prennent ou ont pris la pilule, qui sont célibataires, mariées ou encore qui ont eu plusieurs vies amoureuses… Elles sont, de fait, bien différentes de la génération de leurs parents, les « baby boomers ». Pourtant, j’ai le sentiment qu’elles restent exposées aux mêmes messages que dans le passé concernant la ménopause. C’est-à-dire des messages à la tonalité médicale et/ou vieillotte mais de toutes façons négative. Pour faire court, on leur dit que la ménopause ça craint…

En parallèle, certaines d’entre elles – journalistes, actrices, ou ex-personnalités publiques (comme Linda Hardy, ex Miss France) – prennent le contre pied et abordent le sujet de façon directe et surtout positive. Je l’observe surtout sur les réseaux sociaux avec la création de comptes dédiés. Allez faire un tour sur les comptes Instagram de: @la_menopause, @menopause.stories, @jaime_mamenopause, @fiftyyearsofawoman égérie de la tendance “body positive”, ou encore @natacha_dzikowski, @adeline.blondieau….

Le savoir c’est le pouvoir !

Cette tendance de fond est réjouissante et importante afin de redonner à la ménopause sa juste place en tant que phénomène normal et physiologique (et non comme une maladie). Mais aussi, et c’est capital, elle permet de rassurer les femmes en leur donnant accès aux informations devant leur permettre de faire de leur seconde partie de vie une opportunité pour s’occuper de soi et envisager une vie sereine.

Dans ce contexte d’ailleurs, l’implication du conjoint est clé. Ainsi, la banalisation du sujet ou sa “détabouïsation” peut contribuer à faciliter la compréhension par les hommes de ce qui se joue pour leurs femmes et les rendre eux aussi pleinement acteurs de cette transition de vie.

Toutefois, au sein de cette tendance “ménopause-positive”, je trouve que le sujet de la sexualité reste assez peu abordé … Encore un tabou ?

 

Ménopause, regard sociologique

L’approche sociologique de la ménopause m’a permise de mieux comprendre pourquoi la période de la ménopause reste chargée de connotations négatives renvoyant au vieillissement et au déclassement des femmes.

C’est rapidement après avoir démarré ma formation de praticienne naturopathe que les sujets de la ménopause et de la préménopause se sont imposés à moi comme sujet de recherche (cf cet article). J’ai à cette époque eu la chance d’assister à une conférence de la sociologue Cécile CHARLAP au cours de laquelle elle présentait son livre “La fabrique de la Ménopause”. 

 

Dans son étude, la sociologue démontre de quelle façon la ménopause serait une construction sociale basée sur un mode pathologique. On parle en effet couramment de symptômes, de risques, de déficience, de carence…. Cette conception donne une image très négative du vieillissement féminin. Ce qui, au passage, éclairerait les rapports sociaux de sexe en Occident.

La ménopause apparaît alors comme une étape-clé du vieillissement des femmes. Constat qui s’appuie sur trois éléments.

1/ Nommer la ménopause en a fait un “phénomène”

La conception de la ménopause est récente. Le terme émerge au 19ème siècle, époque au cours de laquelle la médecine s’est employée à spécifier les différences anatomiques et physiologiques entre corps masculin et féminin.

Les travaux ethnologiques de l’époque illustrent la variabilité avec laquelle a été interprétée la cessation des menstruations selon les sociétés: comme un accroissement des possibles et des pouvoirs, comme menace à l’ordre social ou encore comme un non-événement, ne faisant l’objet d’aucune attention particulière au point qu’il n’existe pas de mot pour nommer le phénomène. La ménopause apparaît ainsi loin d’être une expérience universelle.

2/ Ménopause physiologique et ménopause sociale

La ménopause est définie comme un processus en deux étapes: la ménopause physiologique, soit l’arrêt des menstruations, précédée par la ménopause sociale, soit la norme qui enjoint aux femmes de cesser leur activité reproductive entre 40 et 45 ans, alors qu’elles sont encore fertiles.

3/ Les femmes vieillissent et les hommes mûrissent…

“Le fait que la ménopause soit considérée comme un moment clé du vieillissement de la femme et qu’elle soit pensée comme involution hormonale et perte de féminité témoigne de la manière dissymétrique dont ont été socialement construites les transformations physiologiques de femmes et des hommes au cours du vieillissement”.

La ménopause apparaît en effet comme une disqualification sociale propre aux femmes. La “femme ménopausée” n’ayant pas d’équivalent du côté masculin. Cécile Charlap parle ici de “double standard” de l’avancée en âge, à savoir l’idée selon laquelle les hommes quinquagénaires mûrissent tandis que les femmes du même âge vieillissent et déclinent.

 

Ménopause et origine sociale

Autre enseignement intéressant des travaux de Cécile CHARLAP. Cette fois tiré des entretiens qu’elle a menés auprès de femmes : les différences de discours féminins sur la ménopause. Ceux-ci varient sensiblement selon le milieu social d’appartenance des femmes.

Par exemple, les femmes issues de classes supérieures urbaines voient dans les bouffées de chaleur “le surgissement d’une nature incontrôlée risquant d’être source de gêne dans leurs interactions professionnelles”.

Alors que celles appartenant aux classes populaires les perçoivent comme une “manifestation légitime de la nature face à laquelle il leur faut faire preuve d’endurance”. D’où un recours plus important au Traitement Hormonale de la Ménopause (THM) pour les femmes des classes sociales supérieures. Et ce, afin de combattre les manifestations de la ménopause qu’elles jugent indésirables. 

Ces différences s’expliqueraient par le fait que, selon leur milieu social, les femmes ne sont pas soumises aux mêmes influences. Si elles sont toutes exposées au discours médical omniprésent, les femmes des milieux populaires parlent volontiers de la ménopause avec les autres femmes de la famille. En particulier leur mère. Dans ce contexte, “des conceptions profanes de la ménopause sont ainsi susceptibles de contrecarrer les discours médicaux.”

Pour aller plus loin :

  • Prenez rendez-vous, en cabinet à Nantes ou en visio, pour un accompagnement individualisé et l’élaboration d’un programme adapté à votre réalité de vie. Quelques semaines peuvent suffire pour rééquilibrer les hormones et retrouver un équilibre.
  • Des ateliers et rencontres organisés régulièrement sur les thèmes préménopause et ménopause.

 

*on est “ménopausée” après 12 mois consécutifs sans règles

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